Waerebo est le nom d’un village pas trop facile d’accès. À moins de prendre un guide avec voiture
(1 600 000 pour les deux jours nécessaires) ou un tour operator, c’est un bon challenge.
En arrivant à Labuan Bajo, j’ai vu l’affiche pour un village tribal, avec une très belle photo des maisons traditionnelles, malheureusement dénaturée par un effet à chier afin d’attirer le chaland. Un petit doute pointe vaguement. Le nom ‘Waerebo’ n’apparait nulle part sur le LP. Etrange. Une petite recherche sur Gooooo… ne me donne que quelques résultats décevants, au mieux le programme d’agences de voyage proposant des séjours de 10 jours sur Flores. Le doute grandit, mais je veux quand même croire qu’il faut aller voir ce village.
Le boss de l’hôtel est serviable et fait tout son possible pour nous aider, allant même jusqu’à discuter avec les bémos, me donnant des conseils sur le prix à payer pour en privatiser un. Affaire conclue, le jeune passera nous chercher le lendemain matin 8h30.
Lundi, 9h15 et toujours personne. Ricardo se propose à nouveau pour trouver un autre bémo. Pas facile, ils ne veulent pas soit parce que pas assez rentable, soit parce que parait-il la route est défoncée. Au final et après trente bonnes minutes de palabres, l’un d’eux est d’accord. Ricardo me trouve très chanceux, pensant que ce chauffeur ne sait vraiment pas ce qu’il fait me glisse-t-il.
Effectivement, après avoir vu une curiosité (les rizières en forme de toile d’araignée), il décide de ne pas nous emmener et rebrousse chemin. Nous sommes à un carrefour très passant, de là partent de nombreux moyens de transport pour différents points. Attroupement, prise de renseignement, merci au prof d’anglais qui s’est pointé, il nous propose de prendre le truck qui arrive. Pourquoi pas, on n’a pas encore fait ça ! Les enfants montent dans la cabine du chauffeur avec sa femme pendant que nous allons nous installer à l’arrière, sur les pire sièges puisque notre dossier est celui du rang de devant, nous sommes au dernier, tourné vers l’arrière et non dans le sens de la marche comme les autres veinards déjà installés. Donc dossier qui me rentre dans le dos, il me fera mal souvent m’obligeant à des postures des plus inconfortables.
Nous devons aller à Denge (prononcer daïngué) qui est à 2-3 heures de là. 4h30 plus tard, secoués, affamés, fatigués mais des images de villages et de vies locales plein la tête, le truck qui a fait un détour pour nous poser pile poil à Denge stop le moteur. Il était temps, j’en avais plus que marre, physiquement surtout. J’avais du mal à me tenir, mal installé, c’était pas kool. Mauvais choix le truck, nous aurions dû attendre un bémo, prof d’anglais pas glop.
Le petit homestay attend les pigeons touristes qui vont partir pour une ballade de 3 heures avant d’atteindre Waerebo. Il est là pour ça et est accolé à un magasin bien trop clean pour un village perdu comme celui de Denge. Ça commence à sentir mauvais. Dans la pièce de réception, des photos du village, et une photo va tout déclencher : la construction d’une des si belles maisons traditionnelles. Alors “ils” ont reconstruit et monté cette opération commerciale. Que reste-t-il de la vérité, de l’authenticité ? Ça pue fort d’un seul coup.
Mais comme il est 16h, trop tard pour crapahuter donc nous demandons deux chambres. Et surtout à manger ! Mais les tarifs affichés m’interpellent, 125 000 par personne pour dormir dans une chambre douteuse ? Wouhaaa ! On dégage ! Je ne sais pas où nous allons ni où on va dormir mais on part. La mer n’est pas si loin que ça, quelques kilomètres tout au plus ! Et puis on va bien trouver un bémo quelque part. C’est vrai que c’est complètement paumé, pas vu une vraie ville depuis le départ alors… Les gens nous disent qu’il n’y a plus de rien pour rentrer chez nous, et pas d’hôtel ou losemen non plus. Bon… On marche, tant mieux ça descend. Une église sur la droite, et sa chante : un mariage, nous avions croisés les mariés en montant avec le truck. Des dizaines d’enfants nous accompagnent, trop heureux de voir des “boulé” se promener par là, les voyages organisés filant directement à Waerebo.
De chaque côté de la rue, les maisons typiques de Flores sont alignées. Village paisible, quiétude des gens du coin, j’aime bien cette balade, elle calme mes petits nerfs mis à rude épreuve pas ces gens mercantiles.
Merlin me demande le nom de ce fruit qui pendouille directement de l’écorce de l’arbre. Facile, y a juste à demander, ils parlent tous anglais ici ! Bon, sans rien comprendre ils nous en cueillent et nous font goûter. Mais ouiiiiii, on en a mangé à Unawatuna au Sri Lanka !
- C’est quoi ? (pfff, je sais toujours pas le demander en Bahasia, trop nul)
- tchokolate !
Et voilà. On a faim, sucer les fèves de cacao (ça n’a absolument pas le gout du cacao, c’est presque sans gout mais sucré) nous procure un délicieux plaisir. On emporte quelques fruits que les enfants mangent en chemin.
Un bémo s’arrête et nous emmène au prochain village, il y aurait de quoi dormir. Chouette !
Raté, rien non plus. On s’apprête à faire les clochards et dormir sur la plage, en espérant la pitié des gens du coin pour nous accueillir. Un bémo s’arrête pour prendre un gus avec son sac de riz de 50kg. Il va à Ruteng. Hein ? Ruteng ? Pas possible ! Directement, pas d’escale rien ? Incroyable ! Combien tu prends mon gars ? Hein ? Écris-le moi parce que je n’y crois même pas.
20 000 par personne, donc 40 000, les enfants ne payent pas ! Je rêve ! Dire qu’on était supposé payer 200 000 pour l’aller simple, 400 000 pour l’AR ! Voilà les vrais prix, ce que payent les locaux. Bien sur, 400 000 c’était en privatisant le bin’s. Mais là, je sais maintenant que pour 3 heures de route c’est 20 000. Si tout se passe bien nous sommes rentrés pour dîner ! La chance ! Enfin je ne suis pas sur que ce soit vraiment de la chance, j’aurais aimé dormir sur place et le lendemain partir de bonne heure pour aller voir Waerebo malgré tout. Mais bon, on rentre, on ne dormira pas je ne sais où (la plage c’est bien mais les bêtes ça me fait un peu peur, y a des varans de komodo en liberté à Flores).
Panne d’essence ! Si si ! Il est 19h10, on roule depuis 2h30, il fait nuit, on ne croise pas beaucoup de monde et les deux branleurs me disent qu’il n’y a plus de benzine ? Je suis vert !!! une heure trente pour trouver deux bidons ! Fleur dormait déjà, les deux autres se sont endormis, Corinne commence à partir. Sympa non ? Moi j’attends, j’écoute, je cherche le bruit de moto, celle qui ramènera le chauffeur avec de l’essence. Il y a des fougères arborescentes qui se détachent dans le ciel clair, elles sont magnifiques. Une plante préhistorique, c’est de circonstance pour cette île accueillant le varan, lui aussi préhistorique.
Bon bref, on est rentrés à 22h, on a bien dormi et tout va bien.
Moralité, Waerebo faut pas y aller, il y a suffisamment de villages tradi sur l’île, surtout du côté de Bajawa. En fait je pense qu’ils ont créé ce truc pour rester sur la partie ouest de l’île, ce qui évite de longs trajets aux touristes pressés.