Quelle belle journée qui commence par la visite d’une très très vieille pagoda mais plusieurs fois reconstruite, donc elle est toute neuve presque ! Beck m’explique l’utilité d’un bâtiment, agrémenté de bois, sur le côté : il sert au chef des bonzes pour faire ses prêches. Je m’y dirige, grimpe la grosse quinzaine de marches colorées pour embrasser du regard l’intérieur banal de cette grande salle hormis un lit casé dans le coin Nord-Ouest, avec les habits d’un bonze étendus sur un fil. Son coin ! Je découvre sur la droite une vieille maison tout en bois. Par sa fenêtre ouverte jouxtant le couloir extérieur sur lequel je me tiens, j’aperçois de jeunes bonzes regardant la télé ! Contraste, mais il est usuel maintenant de voir ces gens vivre avec leur temps, portable à l’oreille ou cigare local à la bouche. Bon ok, c’est pas fréquent, mais pas rare non plus. Une cloche est frappée à la volée par quelqu’un que je ne vois pas, pas plus que la cloche. Il est 11h30, à quoi correspond cet appel ? Beck n’en sait pas plus que moi, mais on ne tarde pas à l’apprendre : le chef nous invite à partager leur déjeuner !
Dans une pièce installée à l’étage, accessible par un escalier extérieur, en bois bien sur, je découvre une dizaine de bonze entamant rapidement les currys disposés sur deux tables basses. Je suis impressionnés. L’atmosphère y est émouvante, emprunte de calme et de quiétude, pourtant c’est leur quotidien que je partage à cet instant. Il y a là quelques autres personnes au milieu des bonzes, mais ne partagent pas la nourriture, ils parlent doucement, semblent faire partie des meubles, bougent un peu à droite à gauche ce qui enlève le côté monacal méditatif. Ce n’est pas un monastère de méditation. Beck pense qu’ils sont des invités, venus rendre visite à quelqu’un du centre. Le chef des bonzes semble le plus âgé, plus de 70 ans, les autres ont entre 12 et 50 ans.
Pour devenir chef d’une communauté de bonze, il faut le demander et passer un examen. 10 ans d’études sont nécessaires avant tout. Il existe partout des écoles ou universités bouddhistes.
J’avais envie de faire une photo du chef, mais je n’osais pas lui demander. C’est lui qui a voulu en faire une ! Puis d’autres ont voulu, surtout avec ma petite star. Nous irons porter les fichiers à développer et le soir ils seront ravis.
Nous quittons ce lieu à regret, j’aurais pu y passer la journée à ne rien faire. En chemin pour de petites cascades bien aménagées, lieu de picnic de beaucoup de monde le week end et dans le plus pur style ultra kitch asiatique (ils adorent peindre les pierres en bleu jaune rouge vert etc…) nous nous arrêtons pour admirer de jolies maison anciennes. Les faubourgs de Puyi U Lwin sont agréables et rien ne transpire la misère par ici, bien au contraire. D’ailleurs pour le moment je n’ai que rarement été confronté à la misère ou la grande pauvreté. Au marché lorsqu’on mange, systématiquement des enfants viennent quémander, c’est tout et ce sont toujours les mêmes.
Les barbares ont donné (non, il l’ont rendu après l’avoir piqué, bande de connards) de l’argent pour la construction de cette pagode. Énorme, ostentatoire, les abords cliniques, large route à deux voie qui en fait le tour, un énorme diamant en son sommet, pas de doute, ils sont derrière tout ça. Mais alors, pourquoi le peuple vient-il prier ici ? Si il veut résister pacifiquement, ne serait-il pas simple de boycotter ? Je crois en fait que tout le monde n’est pas concerné de la même manière par la répression. Ici, ville abritant une école militaire, tout se passe tranquillement.
Comme promis en fin d’après-midi, Nous nous dirigeons vers l’école chinoise. Nous y rencontrons le directeur, une monsieur adorable, tout plein de simplicité et de gentillesse qui accepte Nina dans une classe. Rencontre très informelle, conclue par un énorme sourire de sa part.
Je suis étonné par la non uniformisation vestimentaire des élèves. En fait cette école est comme illégale. Dans le bureau du directeur, il y avait une statue de bouddha assis avec deux potes à lui. C’est supposé être le temple, donc l’école n’est pas une école mais un temple ! Parce que les barbares ne veulent pas que les Chinois aient leur propre école, ils contournent le truc. Mais sûr que si ils voulaient vraiment faire appliquer la loi, ou faire fermer ces établissements il n’iraient pas par quatre chemins. Et puis des écoles chinoises, privées donc, il y en a plusieurs rien que dans cette petite ville. Et à voir les maisons construites par les propriétaires, c’est une affaire qui semble très bien tourner.
Dans la classe de Nina, des CM2, ils sont une cinquantaine, j’en ai compté 61 dans une autre classe ! C’est assez bruyant, la discipline ici doit être réservée aux militaires.
Je m’étonne aussi de voir toutes ces motos garées dans la cour. Les élèves viennent en moto ? Ils ont les ressources nécessaires ? Et là, j’ai encore du mal à m’en remettre. Ces motos fabriquées en Chine, de simples copies donc pas de R&D et importées sans aucunes taxes, valent entre 3 et 5$. Oui oui, 3$ la moto ! La moto qui nous a trimballé toute la journée vaut neuve 3$ ! Mais je me demande si il m’a dit ça honnêtement ou si il avait une idée derrière la tête. Ça me semble impossible, 3$…